Sur cette page vous trouverez les résumés des ouvrages lus et commentés dans le cadre du Club de Lecture de Chailly.

Tous ces ouvrages peuvent être empruntés à la Bibliothèque du village.

Chronique de Joëlle : avril 2018

Globalia de Jean Christophe Rufin

Biographie

Né en 1952, à Bourges, Jean Christophe Rufin obtint son doctorat en médecine en 1981, spécialisé en neurologie, et en Sciences Politiques en 1980 et s’est engagé dans Médecins sans frontières dont il fut vice-président, et travailla avec Action Contre la Faim, puis rejoignit François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller dans les relations Nord-Sud; puis il alla au Kosovo comme administrateur de Première Urgence.En 2007 il fut nommé ambassadeur du Sénégal et de Gambie et participa acec la DGSE à la traque des fuyards d’Al Qaida, après qu’ils eurent assassiné des otages français. Il quitte ses fonctions en 2010, après un différend avec le président sénégalais. Il devint enseignant à l’Institut de Sciences Politiques en 2003 puis à l’Ecole de Guerre. Il a publié de nombreux essais et plus de vingt romans dont Rouge Brésil qui lui valut de recevoir le Prix Goncourt en 2001 puis fut élu à l’Académie Française en 2008. Son dernier roman “Le suspendu de Conakry” fut publié en mars 2018.

Globalia (2004)

Le roman s’ouvre sur une randonnée que font Kate et son ami Baïkal. Ils ont décidé tous deux de s’enfuir de Globalia, pays réunissant une grande partie de l’Amérique du Nord et de l’Europe, et vivant sous un immense dôme de verre le protégeant des habitants des non-zones qui tentent de survivre dans les ruines des guerres qui ont conduit à la partition du monde. La nouvelle société est très moderne et complétement placée sous la dictature d’un gouvernement qui surveille chaque mouvement et oblige chaque habitant à se conformer à un mode de vie unique et à se dire libre malgré les contraintes de cette vie très encadrée. Un seul discours est possible et les individus coupables de la moindre déviation sont soit privés de travail vivant chichement d’un minimum social ou expulsés vers les non-zones. Baïkal est un jeune homme qui étouffe dans le monde totalitaire et mais,il n’a pas véritablement d’idéologie, ni de plan structuré il veut juste s’enfuir.

Le couple est immédiatement repris par la police à quelques mètres du mur de verre et Baikal se voit offrir le rôle du Nouvel Ennemi par le chef surprème: Ron Altman. Baïkal comprend qu’il ne peut refuser mais ne saisit pas les implications du plan diabolique de Ron Altman; il est donc renvoyé dans les non-zones tandis que les dirigeants créent une fausse biographie de Baïkal le présentant sur tous les écrans comme un dangereux terroriste coupables de plusieurs attentats. Baïkal qui parvient à prendre contact avec Kate grâce à son “multifonction” , genre de smartphone de l’époque, découvre des subtilités du plan d’Altman mais il n’endosse jamais l’uniforme du révolutionnaire. Il a rencontré dès le début un vieil homme, Fraiseur qui lui offre sa protection dans ce milieu hostile. Baikal fait ainsi la connaissance de différentes tribus et des organisations primitives des gens qui ont échappé au massacre et qui se sont regroupés par affinités. Altman fait bombarder les lieux où séjourne Baikal utilisant les images à des fins de propagande pour mobiliser la population de Globalia et la ressouder face à cet ennemi qu’ils croient voir en Baikal, car Altman croit que le pays a besoin d’un ennemi pour se ressouder autour du gouvernement; Pendant ce temps Kate, qui avait été relâchée par la police, fait la connaissance de Puig Pujols, un journaliste viré pour avoir mis en question la véracité d’un attentat attribué à Baikal. Puig est désespéré, et rejoint l’association des lecteurs de Walden dirigée par Paul Wise. Walden est une gigantesque bibliothèque qui réunit les livres et les documents décrivants les siècles antérieurs à l’implantation de Globalia . Les lecteurs ne sont pas très dangereux pour le pouvoir, car ils n’ont pas de projet politique ils se passionnent en secret pour l’histoire du monde sans plus. Plus personne ne lit à Globalai, plus personne n’écrit. Tous les globaliens se limitent à regarder des écrans et se détournent des chiffons de papiers que certains appellent “livres”. Cependant Altman, craignant qu’un jour un chef émerge de ces cercles de “chiffonniers” , désire les éliminer.

De leur côté, Puig et Kate parviennent à s’enfuir et rejoignent Baikal embarqué dans cette désérrance sans but, en réalité Baikal ne fait qu’accompagner Fraiseur jusqu’au campement de Tertullien, mafieux servant d’intermédiaire aux globaliens qui lui achètent des matières premières produites dans les non-zones. Puig a essayé d’emporter des documents techniques et scientifiques pour aider au redeveloppement intellectuel des non-zones mais, un agent infiltré récupère les papiers avant que Puig puisse les utiliser.

Altman suit son parcours grâce à ses agents infiltrés et ordonne un bombardement qui scelle la fin de l’aventure Baikal qui n’avait pas réussi à galvaniser les différentes tribus et n’en avait d’ailleurs nullement le projet. A la fin, on voit Baikal, Kate et Puig fuir à cheval vers les hautes montages des Régions Inaccessibles et y disparaitre pour toujours. Altman avait voulu créé un ennemi qu’il pourrait détruire facilement pour convaincre les globaliens que leur monde était menacé et qu’ils devaient être heureux de la surveillance et de la vigilance des autorités qui les protégeaient de tout. Le second objectif de l’opération Nouvel Ennemi vise Walden. Altman avait appris qu’un réseau d’irréductibles existait et il était déterminé à les anéantir. En effet, une fois le dernier massacre accompli il ordonne la disparition des quelques milliers de lecteurs de Walden et se retire en donnant à son neveu les rennes du pouvoir

Jean Christophe Rufin, fin connaisseur du Tiers monde qu’il observe en tant que médecin et diplomate depuis des décennies, a voulu présenter sous couvert de roman de politique fiction son analyse du monde actuel. Sa post-face donne des clés pour mieux comprendre son intention, sans expliciter sa pensée. Mais en extrapolant les dernières lignes du roman on pourrait se livre à quelques suppositions. Ainsi le lecteur pourrait-il peut-être découvrir sous les hardes de Baïkal un sosie de Bin Laden dont la presse américaine avait révélé le passé d’agent de la CIA et qui s’enfuit , des années plus tard à cheval dans des montagnes escarpées croyant échapper à son destin; il pourrait aussi réévaluer l’attentat contre les Twin Towers et les conséquences militaires qu’il a engendrées en attribuant à AlQaeda cette attaque sur le sol américain. Le lecteur pourrait considérer que la surveillance généralisée de ses activités sur internet et l’usage outrancier des smartphones, encouragé par les grandes compagnies internationales, sont des moyens de contrôles que la population accepte facilement au nom de l’efficacité, sans s’interroger sur le renoncement à une partie de leur liberté d’agir que cela implique. Rufin nous montre aussi qu’un grand pays n’a rien à craindre des individus situés au-delà du mur de verre qui sépare les régions développées des autres , mais que parfois il n’hésite pas à créer un adversaire lorsque l’ennemi historique devient un allié.

Chronique de Yvan : avril 2018

LES RÉVOLTÉS DE LA BOUNTY

Cette présentation correspond à la lecture de plusieurs ouvrages:

Tout d’abord la trilogie romanesque : L’odyssée de la Bounty, Dix-neuf hommes contre la mer et Pitcairn de NORDHOFF et HALL deux auteurs qui ont longtemps vécu à Tahiti où ils ont pu se documenter sur l’affaire de la Bounty. Ces livres, gros succès de librairie, parus dans l’entre deux guerres et vendus à 10 millions d’exemplaires ont été réédités en 1991.

Et puis un gros ouvrage paru en 2016, intitulé « La vérité sur la Bounty » qui rassemble les écrits de plusieurs auteurs pour la plupart membres de l’équipage et surtout celui de Jules Vernes parus en 1823 qui constitue le résumé le plus intéressant et le plus fidèle à la vérité historique.

Tout le monde connaît la mutinerie de la Bounty ce navire britannique qui avait pour mission de collecter à Tahiti des plants d’arbre à pain pour les transplanter dans les Caraïbes afin de nourrir à moindres frais les esclaves qui travaillaient dans les plantations de cannes a sucre.

Ce que l’on connait moins c’est la nature de cet arbre généreux : l’arbre à pain voisin du jacquier fournissant de grandes quantités de glucides

Mais revenons à la vraie histoire de la Bounty pas celle plus ou moins déformée par les images fortes que le cinéma a imprimé dans nos mémoires .

On dit suivant que l’on soit anglophone ou français : le ou la bounty . Tous les bateaux sont du genre féminin en Angleterre.

Donc je dirai le Bounty. C’est un trois mats, un ancien transporteur de charbon de 27 mètres de long appelé le Bethia qui a été transformé pour le transport de plus de 1000 plants d’arbre à pain et des réserves d’eau nécessaires à leur irrigation. Sa nouvelle appellation BOUNTY signifie « générosité » et évoque la générosité qui consiste à apporter de la nourriture pour les esclaves)

Le Bounty étant un bateau modeste, il ne pouvait être commandé que par un lieutenant. Celui-ci étant donnée la modestie de son grade ne pouvait bénéficier de royal marines (soldats embarqués qui l’auraient aidé dans l’exercice de son autorité.) Ceci explique en partie la facilité avec laquelle s’est déroulée la mutinerie. L’équipage du bounty était composé de 44 marins et de deux botanistes.

Pour aller d’Angleterre à Tahiti c’est-à-dire de l’Atlantique vers le Pacifique l’itinéraire le plus court passe par le Cap Horn . Ce fut au départ l’itinéraire choisi par BLIGH. Mais le bateau parti d’Angleterre au mois de septembre

resta bloqué dans la manche jusqu’au mois d’octobre en raison du temps déplorable. Il n’arrive au cap Horn que le 23 avril. C’est-à-dire 6 mois plus

tard. Après plusieurs tentatives infructueuses Bligh annonce à son équipage qu’il va prendre la route du Cap de bonne Espérance. Porté par des vents favorables, Il y parvient un mois plus tard. Finalement Tahiti n’est atteint que début octobre. Il aura fallu un an pour y parvenir.

Deux mois suffisent pour charger les plants. Une fois la cargaison chargée BLIGH doit attendre des conditions météorologiques favorables pour prendre le chemin du retour. Il est obligé de transiger avec ses hommes et accepte qu’ils vivent à terre avec des tahitiennes et même que celles-ci montent à bord.

Il va attendre jusqu’au mois d’avril de l’année suivante pour reprendre la mer . A terre comme à bord du bateau la discipline se relâche. Pas moins de 18 membres de l’équipage sont soignés pour maladie vénériennes. Les postes de vigie sont assurés de manière fantaisiste. Au point qu’un jour même le bateau s’échoue. Prenant la mesure de l’indiscipline qui règne Bligh qui voulait attendre encore décide de prendre la mer le 1° AVRIL 1789 .

Cette décision est mal perçue par les marins que l’on arrache aux délices de Capou.

Afin de reprendre en main son équipage, Bligh va faire régner une discipline de fer à bord se rendant de plus en plus exécrable par ses injures, ses punitions corporelles à la moindre faute. Il réserve les vexations les offenses et les pires injures à Christian qui finit par déprimer envisageant de fabriquer un radeau pour quitter le bord .

Finalement le 28 avril 1789 Fletcher avec un petit groupe de marins déclenche la mutinerie. Suivi d’une dizaine de matelots armés de sabres, de coutelas et de pistolets CHISTIAN descend dans l’entrepont. Il fait défoncer la porte de la cabine de BLIGH le fait monter sur le pont les mains liées dans le dos. Christian annonce au capitaine Bligh qu’il va l’abandonner sur une chaloupe. Bligh affichant d’abord sa morgue habituelle finit par supplier Christian de revenir sur sa décision et de l’épargner au nom de sa famille.

Finalement les conditions que l’on fait à Bligh s’adoucissent. CHRISTIAN lui laisse son cahier de bord, ses vêtements, les tables nautiques et le propre sextant de Christian qui fait preuve en cela d’une grande générosité car il sait qu’à terme cela pourra concourir à sa perte. On donne également à Bligh des vivres, du rhum, des outils, un mat et des voiles. 18 hommes sont embarqués avec Bligh. La chaloupe non pontée dépasse à peine l’eau d’une quarantaine de cms et c’est dans ces conditions que Bligh va arriver à ramener ses hommes vers la civilisation. Après une longue errance au cours de laquelle ils vont faire un séjour à Tahiti, les mutins chercheront une ile déserte pour s’y établir et ce sera l’ile de Pitcairn située à l’écart des routes maritimes.

Voyons maintenant le contexte historique dans lequel est survenue cette

révolte ainsi que ses répercussions sur la marine britannique :

Nous sommes en 1787 à la veille de la révolution française Les esprits en Angleterre comme en France sont travaillés par les idées nouvelles de liberté et de justice sociale. En Angleterre après que le pouvoir ait encore triomphé en punissant un certain nombre de coupables de la révolte du bounty le feu va couver dans toute la flotte anglaise pendant environ huit ans. Puis en 1797, survient un mouvement surnommé « la grande république flottante » avec la grande mutinerie de l’ile de Spithead dans la manche où l’on voit en pleine guerre contre la France l’équipage du Saint Georges refuser d’appareiller et rallier à lui toute l’escadre. Les marins reproduisent les comportements des révolutionnaires français quelques années auparavant. Ils prêtent serment de fidélité à leur cause, élisent des délégués et rédigent des cahiers de doléance.

La mutinerie fait tâche d’huile et gagne les ports de Portsmouth, Plymouth, la flotte de la Tamise, les escadres de la mer du nord et les ports d’Irlande. L’amirauté devra céder et chaque paroisse devra payer un impôt destiné à financer les mesures sociales obtenues par les révoltés. Cet impôt sera appelé la « Bounty Money » . Et le gouvernement fera finalement appel au capitaine BLIGH pour ramener l’ordre dans la marine.

Portée plusieurs fois à l’écran depuis 1933 cette aventure maritime a vu son héros principal FLETCHER CHRISTIAN incarné par des acteurs célèbres : Errol Flynn, Clark Cable, Marlon Brando, Mell Gibson. Le terrible CAPITAINE BLIGH fut interprété par : Charles Laughton, Trevor Howard, Anthony Hopkins.

Nous finirons en parlant des personnages principaux et des raisons de leur opposition .Tout deux étaient de petite noblesse. Christian avait emprunté de l’argent à BLIGH qui ne ratait aucune occasion de le lui rappeler en public ce qui le vexait beaucoup. Christian était un homme ouvert aux idées modernes diffusées par les philosophes. Il était aimé des hommes de l’équipage.

Bligh était un excellent marin. C’était certainement un personnage sévère rude et grossier .Les matelots le redoutaient. Mais il n’était pas la brute qu’en a faite le cinéma. Sur le plan des châtiments corporels notamment il semblerait qu’il n’ait pas eu pas la cruauté d’un autre capitaine bien connu sous les ordres duquel il avait servi : le capitaine COOK.

En fait suivant une analyse faite par Dominique LE BRUN présentateur de la vérité sur la bounty Le vrai problème entre CHRISTIAN ET BLIGH résidait dans une jalousie sexuelle . Christian était jeune, sans doute bel homme, et a du avoir beaucoup de succès féminins sur l’ile de Tahiti. où il a vécu pendant plusieurs mois alors que BLIGH personnage plus austère n’a pratiquement pas quitté le bateau vivant engoncé dans son uniforme de capitaine passant ses journées à remplir ses fonctions officielles d’ambassadeur de l’Angleterre recevant les notables tahitiens. On peut comprendre qu’il ait éprouvé un sentiment de jalousie envers Christian.

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